Romans,  Romans suisses

Le cuisinier – Martin Suter

Quatrième de couverture

Maravan, jeune réfugié tamoul, coupe les légumes et fait la vaisselle au Huwyler, un restaurant suisse « nouvelle cuisine » fréquenté par le monde de la presse et de la finance. Il est pourtant loin de n’être qu’une petite main : au Sri Lanka, il était un cuisinier prometteur, spécialiste des préparations ayurvédiques. Devenu en Suisse un fin connaisseur de la cuisine moléculaire, il se lance, chez lui, dans des expériences sophistiquées pour retrouver les fumets de sa jeunesse. Lorsqu’Andrea, son ancienne collègue qui rêve de se mettre à son compte, lui propose qu’ils s’associent pour réaliser des dîners aphrodisiaques à domicile, Maravan hésite un temps, craignant de corrompre sa passion


Mon avis

Depuis quelques années, novembre rime avec le mois des Feuilles allemandes, organisé par Fabienne du blog Livr’escapades et Eva et Patrice du blog Et si on bouquinait un peu. Le défi consiste à lire des auteur·e·s d’expression allemande (Allemagne, Autriche, Suisse alémanique). Dans ce cadre, j’ai donc décidé de sortir (enfin) Le cuisinier de Martin Suter de ma pile à lire, roman qui y prenait la poussière depuis plus d’une décennie…

L’histoire que nous livre Martin Suter nous transporte en premier lieu dans le milieu culinaire. Maravan travaille comme commis dans un grand restaurant de Zürich, jusqu’au jour où il se fait licencier. En collaboration avec une ex-collègue, il se lance dans l’organisation de repas à domicile d’un genre un peu particulier. Grâce aux épices et à des recettes ayurvédiques ancestrales, des couples très sélects en manque de piment dans leur vie amoureuse font appel à leurs services. Le jeune homme n’est pas du tout à l’aise avec ce concept mais ses allocations chômage et son statut social ne lui permettent pas de faire la fine bouche.

Même si certaines scènes sont un peu techniques dans les descriptions des actions du Chef, la plume de l’écrivain réussit à nous transporter au côté du cuisinier. L’évocation de tous ces mets exotiques donne faim et certains chapitres fleurent bon les épices orientales. A noter qu’à la fin de l’ouvrage, on retrouve les recettes évoquées au fil du roman.

Au travers du destin de Maravan, l’auteur Zürichois rend hommage à la diaspora tamoule en Suisse et nous conte l’histoire complexe du Sri Lanka, notamment la guerre qui a fait rage des années entre les communautés de l’île. Les réfugiés n’ont pas une vie facile, de par leur statut précaire les contraignant à accepter des boulots rudes et mal payés, devant se serrer la ceinture pour essayer d’envoyer de l’argent au pays, en plus de se faire du souci pour leurs proches dans ces temps de conflit. Il leur faut aussi jongler entre les coutumes suisses tout en se sentant culturellement différents. Certaines familles restent attachées à des traditions difficilement conciliables avec la vie en Occident.

La palette de personnages brossée par l’auteur est très large et nos deux héros principaux se trouvent être très attachants. Entre Maravan, le réfugié très à cheval sur les traditions, et la jeune Andrea, lesbienne et libre, c’est le jour et la nuit ! Mais leur collaboration s’avère au final très complémentaire. S’ajoutent à ce tableau des hommes d’affaires plus que retors, que la morale n’arrête pas.

Fidèle à lui-même, Martin Suter a encore une fois imaginé un roman empreint de problématiques très intéressantes et de sujets sociétaux actuels. Dans cet opus, en plus de la question des réfugiés et de la situation au Sri Lanka, l’histoire s’inscrit en plein dans la crise financière de 2008, sur fond de business de trafic d’armes. Cette plongée dans le quotidien de Maravan m’a émue et passionnée et j’ai énormément apprécié de découvrir une mine d’informations sur cette belle île de l’océan indien et sur le pouvoir des épices.



En résumé

Un excellent roman !

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A propos de l’auteur du roman :

Né à Zurich en 1948, Martin Suter est un auteur suisse. Durant sa carrière, il a été publicitaire, reporter pour Géo, scénariste pour le cinéaste Daniel Schmidt et a écrit des comédies pour la télévision, ainsi qu’une vingtaine de livres et recueils.

A propos du livre :

Éditions Christian Bourgois
Paris, 2010

350 pages

Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni



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