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Septembre éternel – Julien Sansonnens

Et de quatre ! Voici donc le quatrième livre que je lisais dans le cadre du Prix des lecteurs de la ville de Lausanne. Je vous parle aujourd’hui de Septembre éternel, un roman dans lequel Julien Sansonnens nous fait parcourir la France…

Quatrième de couverture

2019 : un vieillard meurt sur un banc de l’Est de la France. S’imaginait-il, au moment d’appuyer le canon contre son palais, que de son suicide devait naître l’une des révoltes les plus profondes qu’ait connu le pays? Une vie abrégée, un manteau ensanglanté, un corps s’a­ffaissant en silence et voici la France des derniers de cordée, des bars PMU et des dimanches au stade qui se lève, prend conscience d’elle-même, s’apprête à entrer à nouveau dans l’Histoire. Au même moment, Marc Calmet traverse la province en voiture, s’en allant vers Paris afin d’y signer la vente d’un commerce avec lequel son existence se sera confondue. Loin des autoroutes et des métropoles, parcourant durant trois jours la périphérie comme on explorerait des vestiges, il tente une dernière fois d’être celui dont le souvenir lui échappe


Mon avis

Un homme au fond du trou se suicide dans une rue. Puis un autre drame s’ajoute à cela et c’est la France qui s’embrase. Les gouttes d’eau qui font déborder le vase d’un peuple asphyxié qui crie sa révolte. En parallèle, notre héros, Marc Calmet, vend sa libraire et décide de suivre la Loire depuis sa source pour remonter vers Paris. Ce road trip sur les routes françaises va lui réserver des surprises et une rencontre qui va le défier dans ses convictions et ses limites.

Le récit alterne entre le présent avec Marc sur la route et avec des flashbacks sur sa vie. On plonge dans son passé à partir des années 70 alors que le futur libraire a alors 20 ans. Ces années débridées, encore insouciantes dans lesquelles avec un ami, il s’essaie au militantisme politique, au sein du parti socialiste. Ils se prennent aussi de passion pour Michel Sardou et son évocation perdure tout au long du roman. S’ensuivent les autres décennies, toujours dans le souvenir du parcours de Marc, de son expérience comme journaliste puis de son installation comme libraire, en passant par la rencontre avec sa femme, sa vie de famille, puis une certaine déchéance liée à l’âge, aux désillusions et aux accidents de la vie… jusqu’à une fin qui laisse le lecteur sous le choc !

Julien Sansonnens nous offre en filigrane de la vie de Marc une analyse très fine de la politique, de la culture et de la sociologie de la France. Le mouvement des enchainés dans le roman n’est pas sans rappeler les gilets jaunes. Cette France du bas qui souffre, qui veut se battre pour plus de dignité. Un pays qui a sombré peu à peu dans le désenchantement après les trente glorieuses et les années insouciantes.

« Le pays est aujourd’hui las, peuple en proie à une haine de soi foncièrement pathologique et camouflée en ouverture à l’Autre. Depuis des décennies, les citoyens errent d’une impasse politique à la suivante, communauté de consommateurs d’anxiolytiques assistant, médusés et impuissants, à l’amenuisement constant des libertés pourtant célébrées dans la Marseillaise et rituellement réaffirmées. »


Malgré quelques passages un peu longuets au début, on est ensuite rapidement happé par ce road trip. A mon sens, il faut aimer un minimum la politique et vouloir en apprendre plus au sujet de l’Héxagone pour apprécier pleinement ce roman. Je connais passablement bien ce pays, beaucoup de faits évoqués par l’auteur m’ont rappelé des souvenirs mais d’autres ont été des découvertes très intéressantes.


En résumé

Une fresque sociologique, politique et culturelle de la France vue au travers de la vie d’un homme. Un roman que j’ai aimé mais qui ne parlera sans doute pas à tout le monde…


Informations :

Éditions de l’Aire

Vevey, août 2021
373 pages

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