Polars, thrillers,  Suisse

La soustraction des possibles – Joseph Incardona

Vainqueur des plusieurs prix, notamment le Prix du public de la Radio Télévision Suisse (RTS) en 2021, La soustraction des possibles se trouvait, depuis sa sortie, sur ma liste des livres suisses à lire absolument. Voilà qui est chose faite ! Le premier ouvrage de Joseph Incardona que je lisais et assurément pas le dernier !

Quatrième de couverture

Fin des années 80, la période bénie des winners. Le capitalisme et ses champions, les Golden Boys de la finance, ont gagné : le bloc de l’Est explose, les flux d’argent sont mondialisés. Tout devient marchandise, les corps, les femmes, les privilèges, le bonheur même. Un monde nouveau s’invente, on parle d’algorithmes et d’OGM. À Genève, Svetlana, une jeune financière prometteuse, rencontre Aldo, un prof de tennis vaguement gigolo. Ils s’aiment mais veulent plus. Plus d’argent, plus de pouvoir, plus de reconnaissance. Leur chance, ce pourrait être ces fortunes en transit. Il suffit d’être assez malin pour se servir. Mais en amour comme en matière d’argent, il y a toujours plus avide et plus féroce que soi.


Mon avis

Nous sommes en 1989 : le monde est en pleine mutation, le mur de Berlin va bientôt tomber, tout comme le rideau de fer. A Genève, dans les beaux quartiers, l’argent attise les convoitises. Aldo, le « rital », prof de tennis et gigolo, tente de s’en sortir en usant de ses charmes et de ses capacités d’ex professionnel de la raquette auprès de riches femmes, souvent délaissées. Svetlana, jeune femme intelligente qui a réussi à s’extraire d’Europe de l’Est, travaille dans une grande banque de la place. Tous les deux sont faits du même bois, ils veulent leur part du gâteau, quitte à se brûler les ailes.

La couverture, avec ses mouvements de montres, m’a d’abord fait penser à un hommage à la Suisse pour son horlogerie mais en avançant dans le récit, j’y ai plutôt vu l’engrenage dans lequel sont pris nos héros. Les espoirs ne tiennent alors qu’à un fil, tous les personnages sont impliqués, le moindre grain de sable et la machine se grippe.

Genève, ma ville natale, est décrite avec beaucoup de réalisme. La carte poste d’abord, avec les rives du Léman, le jet d’eau, les enseignes lumineuses dans la rade, les quartiers aux villas hors de prix, la rue du Rhône et ses banques, ses magasins de luxe, ses joailliers. Cette Genève ambivalente, d’un côté très riche, snob et d’un autre côté, populaire, bigarrée, peuplée d’immigrés. Cet eldorado convoité, ce monde de la finance, des banques, qui attire les plus avides (et peu scrupuleux) ou les grands de ce monde. Cacher ses millions, les faire fructifier, avec plus ou moins de légalité. A l’époque de l’histoire, le secret bancaire est encore d’actualité et le blanchiment d’argent d’une banalité (mais n’est-ce pas encore le cas aujourd’hui ?).

Les 400 pages de ce roman sont très denses. L’histoire nous attrape, prenante. J’ai eu besoin de bien tout intégrer, raison pour laquelle j’ai pris du temps pour le lire, pour le savourer devrais-je dire. Je ne connaissais pas encore la plume de Joseph Incardona, j’ai beaucoup  aimé le fait que l’auteur fasse des apparitions dans la narration. De plus, son style n’est pas linéaire, ce qui casse agréablement le rythme : certaines parties sont instructives, d’autres très poétiques et d’autres passages, au contraire, très crus, directs, bruts. A mon sens ni polar, ni véritablement thriller, cette histoire d’amour et de fric se révèle pleine de suspense, et ceci jusqu’au bout, où l’auteur nous réserve un final sans concessions.


En résumé

Une claque livresque ! Un récit puissant, noir et cynique qui marque et que je vous recommande !

Informations :
Éditions Finitude, 2020
400 pages

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2 Comments

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