Immaculée connexion – Emmanuelle Robert

Quatrième de couverture
Qui n’a pas rêvé de tout plaquer pour repartir de zéro ?
Le 11 novembre 1985, la police fribourgeoise démantèle un laboratoire d’héroïne aux Paccots, révélant la plus grosse saisie de drogue jamais réalisée en Suisse. Trente-huit ans après, ce roman imagine le destin des « petites mains » de cette affaire. Les femmes fatales ont l’âge d’être grand-mères, les vieux gangsters sont fatigués. Cependant, un jeune homme un peu perdu va raviver, malgré lui, d’anciennes blessures. Alexandre assiste par hasard au meurtre d’un dealer sur la place de la Gare, à Vevey. Paniqué à l’idée d’être soupçonné, il prend la fuite. Il est recueilli par une vieille dame du quartier puis dans un chalet de montagne. Pour se protéger, il doit se déconnecter de l’intelligence artificielle qui le fascine.
Toutes et tous ont en commun de chercher leur place dans un monde incertain, avec la soif de vivre chevillée au corps.
Mon avis
Alexandre, employé de commerce, doit absolument se reprendre suite à des remarques émises par son supérieur quant à sa ponctualité. Manque de bol, le lendemain, il rate son train et ne voit pas comment expliquer la situation à son patron. Comme (trop) souvent, il s’en remet à son ami ChatGPT afin de l’aider, mais sans réponse satisfaisante et en désespoir de cause, il finit par quitter le quai et décide d’errer dans les rues de Vevey.
Le destin lui joue alors un mauvais tour : sur le parvis de la gare, il est le témoin direct de l’assassinat violent d’un jeune Africain. Juste derrière lui se trouve Madeleine, une vieille dame flanquée de son teckel, qui lui permet de reprendre ses esprits chez elle et de réfléchir à la suite. Cette journée marque un tournant inattendu dans la vie d’Alexandre, contraint à prendre la fuite et à se désintoxiquer des écrans.
Aux mésaventures d’Alexandre, Emmanuelle Robert y ajoute comme point de départ le vrai fait divers ayant secoué la Suisse le 11 novembre 1985, à savoir le coup de filet de la police fribourgeoise ayant permis de faire tomber un laboratoire clandestin de transformation d’héroïne aux Paccots, géré par des malfaiteurs de haut vol dont des membres de la French Connection. Si la base de l’intrigue est donc bien réelle, la suite du récit n’est que pure invention.
Après Malatraix (2021) et Dormez en Peilz (2023), Emmanuelle Robert signe un troisième ouvrage bien différent, s’apparentant davantage à un thriller qu’un polar. La romancière conserve toutefois son attachement pour les scénarios foisonnants, portés par des personnages aux âges, rangs sociaux et caractères très contrastés.
J’ai retrouvé avec un immense plaisir sa plume directe, ses univers complexes et la manière très habile qu’elle a d’entremêler les existences des protagonistes, d’orchestrer les liens comme dans une partition extrêmement bien huilée et diablement efficace ! Néanmoins, ne cherchez pas ici un roman rythmé, il est plutôt question d’une histoire riche en psychologie humaine et des tranches de vie captivantes.
La thématique des substances illicites est abordée sous différents angles : bien entendu les addictions et les ravages liés à la consommation, mais aussi le travail des dealers, les méthodes de fabrication, le grand banditisme associé, la grandeur et déchéance des barons, le marché mondial tentaculaire… et plus étonnant, œuvrant dans l’ombre, nous faisons la rencontre de femmes fortes, entrepreneuses, libres.
Vu le sujet central, il aurait été aisé de glisser vers une morale facile, mais c’est sans compter les points de vue apportés par chaque acteur, nous laissant au fil des pages dans une certaine nuance, et même presque penser à des circonstances atténuantes.
Immaculée connexion offre un voyage dans le temps, avec des allers-retours entre 1985 et un présent peu reluisant, l’auteure dépeignant fort bien notre société actuelle, cernée par l’intelligence artificielle, et cette jeunesse obnubilée par les téléphones et paralysée par les choix et décisions à prendre.
En résumé
Un excellent thriller, au fort ancrage humain !
